James Natchwey , photographe de guerre

“…pour accéder à cette mémoire, il faut aller à sa rencontre ; s’il habite loin, il faut se mettre en route, marcher, et, quand on arrive chez lui, il faut s’asseoir à ses côtés et écouter son récit, écouter, mémoriser ou peut-être prendre des notes. Ainsi surgit le reportage.” Riczard Kapuscinski

Il témoigne sur le Sida, le paludisme et la Tuberculose, avec des images réalisées en Sibérie, en Asie et en Afrique.Il est aujourd’hui l’un des photographes de guerre parmi les plus célèbres de notre époque. Depuis plus de 25 ans, il est présent sur les zones de conflits aux quatre coins de notre monde de brute. Vous avez surement vus certaines des images terribles qu’il a signées, pourtant vous ignorez sans doute tout de ce personnage hors du commun.

En 1985, à 36 ans, alors qu’il va devenir membre de la célèbre agence de presse photographique Magnum, il écrit un texte sur le sens de son travail de photographe de guerre.Pourquoi photographier la guerre ?

« Les guerres existent depuis que l’être humain existe. Et au fur et à mesure que les humains se “civilisent”, leurs méthodes destinées à exterminer leurs semblables deviennent plus efficaces, plus barbares. Aujourd’hui, le monde est toujours en guerre. Et il y a peu de raisons d’espérer que cela changera.La photographie peut-elle avoir une incidence sur un comportement humain qui traverse toute l’histoire? Une ambition ridiculement prétentieuse, à ce que l’on pourrait croire. Et pourtant, c’est justement cette ambition qui me motive à photographier la guerre. Pour moi, la grande chance de la photographie réside dans sa capacité à éveiller un sentiment d’humanité. Si la guerre est la conséquence d’un naufrage de la communication, la photographie, en tant que forme de la communication, est le contraire de la guerre; utilisée à bon escient, elle peut même devenir un antidote à celle-ci.
Si un individu comme moi part à la guerre pour faire savoir au monde entier ce qui s’y passe réellement, il essaie, à sa manière, de négocier la paix. C’est peut-être la raison pour laquelle les belligérants n’aiment pas la présence des photographes.Si chaque être humain pouvait voir de ses propres yeux, ne serait-ce qu’une seule fois, les effets du phosphore sur le visage d’un enfant ou un éclat d’obus arrachant la jambe de l’homme à côté de lui, tout le monde devrait finir par comprendre qu’aucun conflit du monde ne justifie de tels actes contre un être humain, voire contre des millions d’humains. Mais justement, tout le monde ne voit pas de ses propres yeux, et c’est pourquoi, des photographes partent pour le front: afin de réaliser des images suffisamment authentiques pour corriger les présentations enjolivantes des mass-médias et pour réveiller les gens de leur apathie; pour dénoncer et pour mobiliser, par la force de cette dénonciation, des dénonciateurs encore plus nombreux.
 Le plus grand problème auquel je suis confronté dans mon travail de photographe de guerre, c’est le risque de profiter de la détresse des autres. Cette pensée me hante. Elle me tracasse jour après jour, car je sais que si je laissais la carrière et l’argent prendre le dessus sur ma compassion, je vendrais mon âme. Une personne extérieure comme moi, qui actionne soudain l’appareil photo, risque de violer la dignité humaine. La seule chose qui me justifie, c’est mon effort pour respecter la souffrance de l’autre. Ce n’est qu’en y parvenant que je peux me faire accepter par l’autre, ce n’est qu’en y parvenant que je peux m’accepter moi-même.
 »

james_nachtwey3

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